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Éditorial Semaine 18/2009 : Réseau Cohérence, rencontres entre professionnels du porc durable à Guiscriff (Bretagne).

mardi 26 mai 2009, par LM


Bonjour et bienvenue,

Je reviens sur la journée de rencontre entre professionnels du porc durable organisée par le Réseau Cohérence le 14 avril dernier à Guiscriff (Bretagne) annoncée dans le dernier éditorial.

Les travaux menés au cours de cette journée ont permis d’aborder différents thèmes et notamment :
- l’évolution de la réglementation bio européenne et ses répercussions sur les élevages existants comme à venir,
- la conception de maternités performantes en bâtiments paillés,
- les modes de commercialisation les plus adaptés suivant le système de production adopté.

Ces rencontres se déroulaient chez des d’éleveurs qui développent la commercialisation par circuits courts et qui souhaitent faire évoluer leur exploitation vers l’élevage biologique. Ils ont donc bénéficié des conseils des participants sur les priorités à donner dans l’aménagement de leur structure. À la suite de cette journée, ils ont décidé de privilégier la construction d’un laboratoire de transformation à celle d’un bâtiment de maternité sur paille.

Cette décision illustre bien, à mon avis, les difficultés d’adaptation entre les systèmes d’élevage conventionnels et l’élevage biologique. Ces difficultés sont encore plus importantes avec les élevages industriels tant les modes de pensée et les objectifs des deux systèmes sont différents. L’un des aspects les plus problématiques est l’approche, très répandue dans le système industriel, consistant à considérer la réglementation (sur l’état sanitaire, le bien-être animal…) comme une liste de contraintes que l’on applique bon gré mal gré, plutôt que comme un ensemble d’objectifs éthiques vers lesquels on doit tendre pour développer des élevages de qualité.

En effet, de la même manière que les éleveurs qui ont choisi de s’installer en bio n’envisagent généralement pas de pouvoir travailler en industriel, les éleveurs travaillant selon la logique industrielle ont du mal à s’approprier les objectifs et les pratiques du bio. Et même avec les modifications apportées au cahier des charges bio depuis l’entrée en vigueur du cahier des charges européen, il me semble que le développement de l’élevage bio en bâtiment industriel sera difficile voire impossible.
Les éleveurs qui nous recevaient m’ont d’ailleurs interrogé sur l’opportunité d’intégrer dans leur projet le Technimat, la maternité porcine en bâtiment, proposée par Plein Air Concept qui peut être exploitée en conduite biologique. Toutefois, compte tenu du profil de leur exploitation, je leur ai plutôt conseillé de s’orienter vers l’élevage en plein air, par exemple en utilisant le Technigîte Maternité. C’est en effet, le mode d’élevage le plus adapté à l’élevage biologique, car le plus respectueux des besoins physiologiques et psychologiques des animaux.
Le Technimat et les autres bâtiments conçus par Plein Air Concept ne trouvent, à mon avis, leur justification que lorsque certains éléments : le manque de surface, la nature du terrain, l’environnement social et ou des conditions climatiques défavorables rendent difficile voire impossible l’élevage plein air de façon rentable. L’exemple du Gaec « Les Bruyères » est en l’occurrence emblématique.

Mais c’est avec ce type de raisonnement que l’on sent l’incompréhension poindre, car cette notion de respect , des animaux en tenant compte de leurs besoins comportementaux, comme de la nature en adoptant des mesures concrètes pour limiter la consommation d’énergie, le recours aux médicaments allopathiques et la production de déchets ne fait pas partie des priorités, voire est inconnue en élevage industriel. Pour passer d’un mode de production à l’autre, il ne suffit donc pas de faire évoluer les équipements ou même de les changer, il faut surtout inverser les priorités et donc faire d’abord évoluer les mentalités ou même les changer.

À mon sens, l’agriculture bio n’est viable que si producteurs comme consommateurs sont convaincus qu’il faut privilégier - à tous niveaux - la qualité à la quantité. C’est d’ailleurs pour cette raison que la plupart des responsables de l’agriculture intensive affirment plein de certitudes que l’agriculture bio est une lubie de bobos. Une étude de la FAO montrent pourtant qu’il s’agit d’un mode de production agricole qui en recourant « à des procédés naturels améliore aussi bien le rapport efficience-coût que la résilience des écosystèmes agricoles au stress climatique ». De plus toujours d’après ce rapport de la FAO, « les agriculteurs bio utilisent la main-d’oeuvre et les services environnementaux pour intensifier la production de manière durable ». Bref, s’il ne peut être envisagé de nourrir la planète exclusivement avec l’agriculture biologique, il s’agit peut-être du mode de production qui pourrait aider à ne pas l’épuiser avant de la détruire. Cette approche est encore plus vraie en élevage, surtout lorsque le bétail est destiné à la consommation de viande. Que ce soit par son rendement énergétique ou protéique, l’élevage ne peut en aucun cas être présenté comme une priorité pour nourrir les hommes ou comme une nécessité pour l’équilibre de notre planète. Seul un élevage respectueux au sens le plus large est soutenable tant écologiquement que moralement. À l’inverse, l’élevage intensif menace la nature (nos amis bretons en savent quelque chose) et affame les populations des pays pauvres dont on s’accapare une partie des terres et ou des productions pour nourrir notre bétail.

Inutile de préciser que ce discours n’est pas facile à tenir et qu’il heurte plus souvent qu’il ne convainc. Est-ce une raison pour se taire ? Je pense au contraire que ce discours doit être répété, expliqué, argumenté pour que le plus rapidement possible, chacun à son niveau, accepte de se remettre en cause et évolue. C’est à mon sens une nécessité écologique et morale.

A très bientôt,

Jean-Marie GIBELIN
Fondateur et gérant de Plein Air Concept



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